Démarche artistique

Ma démarche artistique, en est une, de longue haleine. Vers l’âge de huit ans , alors que mon père m’avait amenée faire une promenade au Mont-Royal; j’ai été fascinée par une femme qui était entrain de peindre en plein air, entourée de gens qui la regardaient; c’est à ce moment précis que ma voie a commencé à se tracer. J’ai su qu’un jour cette artiste serait « moi ».

À partir de cette journée mémorable, que mon père m’avait fait partager, je n’ai jamais cessé de nourrir mon rêve; il prenait forme , se précisait et a continué de se peaufiner, car presqu’au berceau, dès que j’ai pu tenir un crayon entre mes doigts, j’ai griffonné, crayonné dessiné tout ce qui me passait par la tête et aussi tout ce que je voyais. Ce n’est pas surprenant que j’ai pu désirer que ma passion pour l’Art se concrétise un jour ou l’autre. Le signal était donné; l’aventure commençait.

Je fréquentais l’école primaire et mes cahiers étaient décorés de dessins. À la vue de mon talent, les religieuses me confiaient des décors à réalisés pour certaines fêtes scolaires; j’étais tellement heureuse! Mon père qui était barbier et coiffeur me faisait décorer ses grands miroirs, la fenêtre et la porte d’entrée du local, pour le Temps des Fêtes, c’était la mode, à cette époque. Je dessinais des scènes d’hiver avec sapins, bonhommes de neige, poinsettias et Pères Noel. Je colorais le tout avec de la gouache; les clients ne tarissaient pas d’éloges et papa était très fier de moi. Quelques années plus tard, c’est en compagnie de mon amoureux qui est devenu mon mari, que je faisais la décoration du lieu de travail de mon père; nous formions un duo fantastique.

Mes parents n’étaient pas riches, mais nous ne manquions de rien et ce n’est qu’à l’âge de quatorze ans que je reçu ma première boîte de peinture; quel bonheur! Je pourrais enfin créer des tableaux, car mon rêve était toujours présent. Mais avant de me lancer dans cette grande aventure, mes parents voulaient que j’acquière de bonnes bases en dessin et m’inscrivirent aux Beaux-Arts de Montréal, en 1951 et ce pendant trois ans, le soir, alors que je poursuivais mes études. J’ai donc appris à travailler avec le fusain et le pastel et surtout j’ai acquis une bonne technique en dessin.

Un peu plus tard, j’avais presque dix-sept ans, je rencontre mon futur époux et tout en discutant, nous découvrons que nous avons des goûts communs pour les Arts. Nous décidons alors, de nous inscrire au ‘’Studio Salette’’ à Montréal, pour y recevoir une formation d’illustrateur-graphiste ; ce que mon mari a mis en pratique pendant les trente-deux ans qui suivirent ainsi que d’autres techniques inhérentes à son travail..

Pour moi, ce fut différent; j’ai élevé une famille de quatre garçons. Néanmoins, je pratiquais mon talent à produire des tableaux pendant mes soirées, alors que les enfants dormaient. Ce ne fut pas un si grand sacrifice, car mon rêve était de devenir artiste-peintre.

À l’âge de dix-neuf ans, le directeur du Centre de loisirs Immaculée-conception, le père Marcel de la Sablonnière, que je connaissais depuis l’ouverture du Centre en 1951, me demanda de donner des cours de dessin et de découpage aux enfants de la paroisse, le samedi avant-midi; j’ai accepté le défi, avec joie. Ce fut une très belle expérience qui dura deux ans. En même temps, je m’occupais du Studio de publicité. Cela consistait à illustrer des pancartes pour différents tournois et événements que le Centre organisait. Tout ce travail, je le faisais depuis l’ouverture du Centre, c’est-à-dire depuis mes quatorze ans et bénévolement.

J’ai aussi réalisé divers projets de dessin et lettrage pour différentes institutions et entreprises; j’ai même lettré des camions pendant la saison estivale afin d’arrondir le budget, avec la complicité de mon mari, qui dénichait les contrats et qui faisait la moitié du travail, soit l’autre côté du camion, pendant que les maringouins nous dévoraient.

Les enfants grandissaient et j’avais une plus grande liberté en tant que peintre. Avec des amies (is) peintres, je pouvais m’évader et parcourir la province à la recherche d’horizons nouveaux, propres à ma sensibilité. Quels beaux voyages de peinture j’ai fait dans Charlevoix, Bas-du-Fleuve, Gaspésie, Abitibi, Témiscamingue, Côte-Nord, Basse-côte-Nord, la Beauce, le Cantons-de-l’Est et sans oublier Laval, sur les rives de la Rivière-des-Mille-Iles, etc….!

Mes premières expositions furent tenues au sous-sol de la maison, à la suggestion d’un agent d’assurances qui trouvait dommage que mes œuvres ne soient pas admirées par le public. Les gens de mon quartier firent connaissance avec ma peinture et reçurent la piqure; presque tous mes voisins m’ont acheté un tableau; certains d’entr’eux en possèdent maintenant quelques-uns. C’est grâce à eux que j’ai eu le courage de continuer dans cette voie; ils étaient tellement stimulants et j’aspirais à un avenir des plus prometteurs.

Du sous-sol, je passai aux salles d’écoles, aux caisses populaires et finalement aux galeries d’Art, en 1971. J’ai même poussé l’effort jusqu’aux États-Unis en exposant en ‘’Solo’’ trois années d’affilé (1991-92-93). Le succès a été à portée de main, dès la première année; mes œuvres ont été appréciées et j’ai accepté l’invitation pour les deux années suivantes.

Mon style étant figuratif-réaliste, le paysage m’attirait énormément et encore aujourd’hui. La nature morte me choyait et me donnait la chance de faire une pause, car sa composition me facilitait la tâche; je pouvais y travailler sans me déplacer. Je me cantonnais dans mon studio et y travaillais jusqu’à satisfaction complète. C’était toujours et encore un plaisir immense de rendre réelle une nature morte, en atelier tout aussi bien que de planter mon chevalet et faire apparaître, sur une toile vierge, toute la sonorité et la lumière de la nature environnante, en captant sur le vif, un panorama de chez-nous.

Préférant le défi à la routine, je cultive un souci constant de la beauté et recherche l’apport d’un point d’intérêt spécial à presque tous mes tableaux; par exemple, l’ajout d’animaux ou d’oiseaux tels que : moutons, vaches, chien, chèvres, oies, poules ou canards, dans le paysage, créant des situations inusités ou tout simplement naturelles.

Les enfants ont joué un rôle important dans mes œuvres, se retrouvant soit : au bout d’un quai, dans une chaloupe ou dans un champ, un arbre, cueillant des fleurs, s’amusant à la ferme ou rêvassant, les deux pieds dans l’eau de la rivière du Nord

Présentement, endimancher une fenêtre de boîtes à fleurs, créer ou reproduire un jardin anglais, exploiter la finesse et la volupté de certaines fleurs; tout cela est un ravissement incomparable et inexplicable. Je produis des tableaux de petits, moyens et grands formats selon le sujet à traiter et aussi selon mon humeur.

Bien que peignant surtout à l’huile, l’acrylique est venue me solliciter et j’ai succombé; le médium est tellement différent, il me demande une rapidité d’exécution que j’ai dû maîtriser petit à petit. Quelle grande satisfaction, j’en retire!

L’aquarelle a frappé à ma porte avant l’acrylique aux environs des années 1984-85 et j’avoue que ce médium me fascinait, au point où je m’y suis consacrée avec une grande passion que je retrouve encore quand l’envie me prend de jouer avec la transparence.

Ma vision de l’Art est un peu, celle du visiteur; pour moi, un tableau doit exprimer la beauté, il doit vous émouvoir, vous faire un peu mal à l’intérieur, vous arracher du monde extérieur; il doit vous fasciner au point de ne plus pouvoir vous en séparer.

Maintenant, en 2009 tout comme en 1997, alors que j’écrivais le récit de ma démarche artistique, pour la première fois; après maints efforts et démarches, je peux affirmer que plusieurs galeries exposent mes tableaux avec fierté. Mes nombreux sacrifices, déplacements et une discipline assez stricte, m’ont apporté une certaine notoriété dans le monde des Arts.

L’artiste-peintre que je suis devenue, produit des tableaux avec sincérité, honnêteté et avec tout le respect dû envers le spectateur; c’est beaucoup à lui que l’on doit notre carrière :’’Le spectacle n’existe pas sans spectateurs’’.

Mon plus grand souhait est, que je vive assez longtemps pour produire encore des centaines de tableaux, tous plus beaux les uns que les autres et avec le même enthousiasme qui m’anime depuis toujours.

Lise Paradis « fév.2009 »

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